Présentation générale de l’oeuvre
Cette exposition du phAUTOmaton est organisée par la maison Folies Beaulieu (Lomme) en partenariat avec Transcultures.
phAUTOmaton est une oeuvre participative de Philippe Boisnard qui peut être installée dans n’importe quel lieu ou pour n’importe quel événement. Le public est invité à écrire une phrase, une fois celle-ci tapée et validée, elle constitue en temps réel le portrait de chaque participant.
Celui-ci, après avoir choisi sa pose et sa phrase, valide une deuxième fois et la photographie texturée est prise. En temps réel, la photographie apparaît sur un site internet qui est dédié à l’événement. Ce site, qui est présenté comme une sorte de gallerie photographique, met en évidence en quel sens les visages et les pensées sont reliées dans une forme de communauté de visage.
Le site qui accueille ces participations se transforme en un nouveau format de réseau social, fondé sur l’expression singulière d’un visage et d’une phrase.
La photographie est prise en deux formats. Un premier format, léger (jpg), sert à alimenter le site dédié à l’événement, un deuxième, beaucoup plus lourd (tiff) permet de conserver en très haute qualité (12 millions de pixel), la photographie, pour un tirage sur papier ou sur bâche ultérieur.

Les communautés invisibles
Les espaces urbains s’ils sont des lieux de circulations, sont aussi des lieux de distinction, d’exclusion, de différenciation sociale, c’est ce qu’énoncent Yves Grafmeyer, Jean-Yves Authier, dans leur Sociologie urbaine en expliquant que « la ville est aujourd’hui partout, sinon dans sa matérialité, du moins comme fait de société » du fait « de tension entre la territorialité et la mobilité, entre la proximité et la distance dans les interactions quotidiennes, entre l’affirmation identitaire et l’expérience de l’autre... ».
Cette réalité qui n’apparaît pas forcément dans les cartes, pourtant définit le territoire, ses résistances, les impossibilités de rencontres entre les habitants. Impossibilité de rencontres : à savoir impossibilité de paroles, d’adresses, voire même d’apparaître les uns pour les autres. C’est sans doute ici que la réalité urbaine contemporaine touche de plus près notre humanité : il ne s’agit pas tant de la différence que de l’indifférence à l’existence de l’autre comme lointain. L’autre n’existant pas en tant qu’être de paroles, n’étant plus que le symptôme de problèmes sociologiques, économiques ou politiques.
Il s’agit pour nous de réfléchir, au coeur de Lomme et de sa communauté, aux flux de mobilité, à certaines formes d’imperméabilité, de distinction et de là de penser des porosités que pourraient articuler l’oeuvre phAUTOmaton.
Ainsi, en posant trois phAUTOmatons lors de cette Quinzaine des arts du futur, un premier à l'Hôtel de ville de Lomme, Un second à la maison Folie Beaulieu et un troisième à la médiathèque, nous interrogeons trois espaces qui apriori sont distincts quant ce qu'ils impliquent. Le premier est lieu du politique, la seconde est un lieu de culture, d'exposition, de spectacles, issu de la Capitale Européeenne Lille 2003, le troisième est un espace de lecture, où le lecteur rencontre le livre.
Le phAUTOmaton va constituer une communauté de visages en-deçà de ces différences.
En effet, du fait que l’oeuvre ouvre à une carte où la communauté dans son ensemble peut apparaître sans distinction, sans exclusion, il apparaît qu’avec ces visages de la pensée, une autre mobilité, une autre adresse pourra être inventée entre les habitants.
Avec la carte des visages de la pensée, toute personne pourra via l’application qui sera médiatisée et ouverte, découvrir ces autres visages, cette autre humanité s’adressant directement ou indirectement à elle.
Il s’agit de redonner une mobilité du sens de la communauté urbaine en se plaçant au niveau de l’humanité elle-même et non pas selon des catégories de différenciation.
phAUTOmaton interroge par son mode de fonctionnement les liaisons entre des individus au sein d’un territoire. Avec le projet que nous présentons pour Lomme, il s’agit d’interroger les liaisons possibles au niveau du territoire entre les différentes populations.
En effet la carte d’une ville ne rend jamais visible les flux de population, les porosités. Plus que cela un territoire urbain peut être marqué par des frontières invisibles, que certaines catégories d’habitant ne traversent pas.
Ainsi, apparaîtra une communauté de visages qui souvent ne sont pas reliés entre eux.